Marcher en Arménie

20 juillet 2010

Vers Aghardzine

Filed under: Marz de Tavouch — denisdonikian @ 16 h 48 mi
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On nous avait dit que c’était possible. Partir de Fiolettovo pour gagner le couvent d’Aghardzine. A pied par les collines en traversant les forêts. Depuis, cette randonnée n’avait cessé de hanter notre imaginaire amoureux de terres profondes. Une folie. Une percée dans l’inconnu total. Un devoir de pèlerin d’avant les routes, sur les sentiers de la nature et de la spiritualité. Dans le pur, l’intouché, le mystique.

Nous nous sommes fiés à Vilik, chauffeur de taxi à Dilidjan’, pour qu’il nous aide à mettre le pied sur la bonne voie. Sur les premières pentes, les Molokans de Fiolettovo, buveurs de lait, cultivent le chou. Vilik interroge d’abord un frêle vieillard à barbe blanche couvert d’un chapeau de paille. Mais oui, qu’il fait, on peut rejoindre Aghardzine. Mais mieux vaut demander à plus jeune que moi. Comme mon voisin qui est là. Le voisin est un solide gaillard d’une quarantaine d’années. Parlant le russe et rien que le russe, il explique, réexplique, puis dessine, avec une patience empreinte de charité, l’itinéraire à suivre sur une minuscule feuille de carnet que lui présente Vilik. Il faut grimper jusqu’à la crête, dit-il. Vous devriez alors tomber sur un abri de fer rouillé couleur jaunâtre. Prendre ensuite le sentier de droite qui conduit à un col d’où on aperçoit des sortes de hangar, continue-t-il en faisant deux rectangles.  C’est là qu’il vous faudra demander. Un conseil : si vous vous perdez, n’hésitez pas à emprunter n’importe quel chemin sur votre droite de façon à tomber sur cette route. Nous échangeons des numéros de téléphone portable. De la sorte, dans les moments d’égarement, il nous suffira de téléphoner à Vilik qui téléphonera au Molokan’ et reviendra à nous.

Et maintenant, à nous le flanc de la colline. Abrupt, cruel, glissant, humide mais parsemé de  marguerites sauvages et de coquelicots.

Plus nous montons, plus le paysage sur la vallée et le village des Molokans s’ouvre à nous généreusement. Partout une abondance de fleurs poussant sans entrave. Il est trois heures de l’après-midi et le ciel s’assombrit déjà, grisant les verts et embrumant le bas des collines. Bientôt, nous voici juste au-dessous de la ligne où affleure le ventre des nuages. Puis tout se désagrège. Nous côtoyons des blancs vaporeux et mouvants. Mais les pieds immergés dans des flots de végétation ininterrompue, aux fleurs moins hautes en raison d’une lumière moins dense.  Nous rencontrons notre première pluie, fine et harcelante. Il faut sortir les capes. L’abri jaunâtre et le chemin se montrent à nous. Puis le col. Et nous tombons alors dans l’enfer. Celui où les chemins se laissent dévorer par l’intraitable marée verte. Un enfer de fleurs à hauteur d’homme. Personne ne sera passé par là, tant les herbes auront eu le temps et la joie de pousser librement vers le haut.


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