Marcher en Arménie

21 juillet 2011

Le coup de grasse

Filed under: Marz de Siounik — denisdonikian @ 6 h 25 mi
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Dans le minibus de Sissian’, j’occuperai une place du fond. Mais une mère et sa fille aux évasements fessiers deltaïques et exceptionnels sont venues envahir la banquette. Me voici collé de la cuisse gauche au cuisseau droit de ma voisine. Impossible à celle-ci de vouloir se déplacer d’un cheveu pour que respire l’espace entre nous. Vouloir est un acte qui lui coûte trop d’efforts. De fait, nous sommes quatre sur le même siège. Entre la fenêtre et moi-même se trouve un compagnon de route que je presse dans les virages chaque fois que la grosse laisse sa gélatine déborder sur moi, elle-même tassée du flanc par sa  propre fille. Sans compter les sacs enflés de bardas qu’elles portent sur les genoux et qui ajoutent à la tension générale.

De temps en temps, je fais des tentatives  pour me hisser afin de varier les points de contact avec l’inamovible grasse. Mais l’exercice me fatiguant, je laisserai m’importuner mon infortune jusqu’au terme du voyage.

Avec les heures, la chaleur monte et pointe l’énervement. On a hâte d’arriver. Ma cuisse qui étouffe sous le jambon de l’autre, bout dans sa culotte. Déjà des sueurs me mouillent le pantalon. La callipyge ne retire pas d’un poil sa marée de saindoux. Et je n’ose pas, par politesse, lui demander une petite concession de territoire, de crainte qu’elle ne prenne ma colère pour un racisme anti-gros.

Comme elle est taillée  en  bulbeux alambic dégoulinant de chairs, je doute qu’elle fasse encore l’agrément d’un mari. D’ailleurs, quel bouboulik, fût-il d’une densité tavitsassouniote, pourrait trouver son chemin à travers ses plis et retombées de cellulite jusqu’à l’échancrure sacrée ? Et qui sait, me dis-je, si sa déréliction sexuelle ne l’oblige pas à convoiter en sourdine des plaisirs de friction avec des mâles de passage comme moi ? C’est que toute femme native de ce pays aurait jugé impudique promiscuité aussi étroite, même forcée, avec un inconnu. Mais cette matrone m’aura semblé chercher la chose comme une sournoise bénédiction du ciel dont j’aurais été l’instrument.

Elle porte une robe qui la couvre jusqu’aux chevilles, coupée large dans un tissu flottant, si léger et si fin qu’elle paraît faite pour que la chair suinte au travers sans vergogne.

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