Marcher en Arménie

2 septembre 2010

Les cavernes d’Anapat’

Filed under: Marz de Tavouch — denisdonikian @ 7 h 15 mi
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Hovo n’est pas chaussé pour les marches en pleine nature. Le pied libre sur une simple semelle de caoutchouc, il arpente les chemins de terre poisseuse qui conduisent aux murailles de roche. Il est dans les bois comme il serait chez lui, en tenue d’intérieur, et nous invite à faire le tour du propriétaire. Les roches blanches, montées en falaises abruptes, cachent des cavités qui servirent d’abri aux mystiques et aux politiques. Les uns cherchaient Dieu, les autres étaient recherchés quand les idéologies au pouvoir devinrent des idéologies de l’ombre en butte aux nouveaux dogmatismes. On circule sur des plateformes étroites qui vous mettent les yeux plus hauts que la cime des arbres. Et bientôt côtoyant des extravagances dans la roche que des hommes ont exploitées jusqu’à les rendre habitables. Au bout d’une échelle rustique, bée la bouche d’un trou qui se déploie à l’intérieur jusqu’à d’autres ouvertures comme des fenêtres permettant la surveillance des abords. A la noirceur des roches internes, on pense aux suies déposées par le feu. Plus loin, nous attendent des figurations énigmatiques accrochées aux parois. Sur un premier niveau, un vaste creusement donnant sur la forêt et où des intrus auront abandonné des restes de bombance. Les Arméniens ont l’art de salir sans honte ni embarras. Hovo ne fait pas l’étonné. Il sait qu’il devra revenir pour faire du nettoyage. A l’étage supérieur auquel on accède en se tenant à des rampes de fortune, on tombe nez à nez avec des têtes sculptées d’hommes, de chats, de figures étranges.  Les portraits humains ont des tristesses de roi comme celles qu’on expose au musée d’histoire à Erevan. Taillés grossièrement, ils témoignent d’une longue présence humaine. Aujourd’hui, si belles d’une vie qui les a faites avant de quitter le monde, ces gravures ont des formes qui donneraient des leçons d’art moderne aux artistes en mal de gestes primitifs. En face, sur l’autre mur, comme si on quittait la page païenne du lieu, ce sont de multiples croix extraites de la pierre qui se chevauchent dans une débauche de signes forts et de foi. Elles approchent en apparence des khatchkars sans vraiment les imiter. Hovo rappelle que la caverne était remplie de terre et que lui et son frère avaient mis beaucoup de temps à la dégager pour révéler ce que l’on voit aujourd’hui comme un texte d’images sans message précis.

Ainsi passent les siècles et les hommes.

@ Photos Denis Donikian

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