Marcher en Arménie

19 août 2011

Eaux de nuit

Filed under: Zanguezour : de Tatev à Kapan' — denisdonikian @ 7 h 57 mi

Eaux de nuit

Quand vous avez, comme moi, l’appareil urinaire qui vous titille avec la régularité d’un pendule et qu’il vous faut, pour vous vider de cet embarras, rejoindre de nuit des tinettes situées hors de la maison, dans un lieu peu familier, au fond d’une campagne perdue, juste derrière les porcs et les vaches, et frôler les chiens de maison qui vous snifent le moindre fumet d’étranger, s’énervent au bruit le plus sourd et grognent comme avant la bataille, que vous faut-il inventer pour éviter les dégâts et atteindre le lever du jour sans encombre ?

Car il convient de dire qu’en ce coin merdeux d’Arménie, soumis aux affres de la déréliction, si reculé que les politiciens de la capitale n’en soupçonnent même pas l’existence, le tout à l’égout est loin d’avoir atteint le seuil des maisons. De sorte que celles-ci étant construites au mépris de tout système sanitaire, les évacuations organiques se font par les humains juste un cran plus civilisé que les bêtes, à savoir non pas à l’avenant et à l’air libre, mais dans un endroit destiné à cet effet, clos, intime et à l’abri des regards.

On accède à ce cagibi suspendu sur le vide par un ponton de fer d’un mètre ou deux, situé en face du préau sous lequel les vaches ruminent et se reposent pour la nuit. Il faut placer son cul juste au-dessus d’un trou en forme de cercle découpé dans une plaque de métal, assez large pour  éviter à son lâcher de déchet de rater sa chute, mais un peu trop pour que l’œil fouineur s’y engouffre et tombe sur la stalagmite fécale qui se dresse en contrebas et que vous avez eu le bonheur d’accroître en taille plutôt qu’en vigueur.

Mais comment aller jusque-là tant la nuit est noire et les animaux hostiles à tout dérangement ? Et quand vous-même êtes réticent à devoir enfiler vos chaussures de marche, battre le plancher, descendre l’escalier, traverser une enfilade de cours obscures et pousser la porte d’une arène où vous attendent grognements, feulements et râles ?

Le maître de maison vous aura bien indiqué une astuce : pisser dans la rue par le balcon. Mais comme vous n’avez pas ce genre d’habitude même nocturne, vous restez réticent.

Finalement vous demanderez un vieux seau. Et ainsi, la course à la tinette réduite à un saut de lit, vous vous endormirez heureux comme un inventeur aux côtés de sa trouvaille.

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