Marcher en Arménie

11 septembre 2010

La montée vers Makaravank

Filed under: Marz de Tavouch — denisdonikian @ 7 h 23 mi
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C’est une route asphaltée. Et qui devrait monter sans nous accorder le moindre répit. Nous ignorons alors combien de temps va nous coûter cette côte jusqu’à Makaravank. Qu’importe. L’air est si engageant qu’il promet d’amples panoramas. Au sortir du village, cette route s’assagit sur une cinquantaine de mètres tandis qu’elle aborde la zone du cimetière. Le soleil y est-il si fort qu’on a dû couvrir chaque tombe d’un auvent ? (À moins qu’il ne serve d’abri aux parents du défunt en cas d’averse). Un peu plus loin, dans une cour en terrasse, des adolescents en vacances dansent sur des rythmes modernes. Ils me rappellent un tableau de Sarian où des paysannes exécutent sur un toit une ronde endiablée au premier plan d’un paysage intense et magnifique. De fait, au fur et à mesure que nous nous élèverons, nous pénètrerons dans des couleurs qui seront celles des champs et des bois aussi bien que du peintre.  Jaunes forts et verts vivants. Sans oublier ces reliefs spacieux qui tiennent ouvert votre esprit et vous font oublier l’intime souffrance de vos jambes et de vos poumons.

Deux chevaux et un poulain enfouissent leur tête dans l’herbe grasse tandis que leur queue fouette l’air pour chasser les mouches avides de leur sang. Deux chevaux et un poulain dans l’insouciance de leur propre liberté. Robe luisante et muscles puissants parmi les fleurs sauvages. Leurs formes brunes se découpent sur des fonds de prés plongeant dans la vallée et de collines remontant en vastes vagues ébouriffées de forêts. Nous sommes saisis. La paix semble là. Et pourtant, l’horizon porte des terres ennemies de ces terres. De l’autre côté brillent des villages qui ne sont pas des nôtres. La haine pèse partout et empoisonne l’air…

Mais l’œil absorbé par son propre bonheur ignore les menaces, d’ici incertaines, qui marquent la frontière. C’est ainsi que nous monterons…

Un paysan à cheval traverse un pré au-dessus de la route et nous salue de la main.

Dessous, dans un champ pentu, un tracteur rouge roulant selon une ligne imaginaire donne à la vue un aspect de vie rustique à la manière suisse. Tracteur rendu si petit par la distance qu’on dirait un jouet. Un moment nous le suivons des yeux comme s’il nous renvoyait à notre pays, sinon à quelque chose dans notre enfance qui nous serait imperceptible autrement.

Bientôt pointe le dôme supérieur de Makaravank à la crête d’un massif forestier. Pour autant, nous aurons encore beaucoup de chemin. Vient l’impression où la route semble se jouer de nous. Elle nous éloigne du dôme en nous jetant dans une autre direction. L’église disparaît dans notre dos. Mais un tournant nous place face au lieu où nous croyons qu’elle se cache. Et tandis que nous pénétrons dans une zone d’arbres, une petite pluie commence à tomber. Elle s’amplifiera jusqu’au moment où, enfin…

© Photos Denis Donikian

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