Marcher en Arménie

25 juillet 2010

Dormir dans la forêt

Filed under: Marz de Tavouch — denisdonikian @ 7 h 11 mi
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Nous avons marché sans savoir, marché longtemps, et nous voici à présent dans la certitude que la nuit va tomber, même si, en ce jour de juin, l’heure tardive reste encore assez claire. Mais il nous faut devancer l’obscurité. Et la pluie qui pourrait à chaque instant se jouer de nous. C’est dans un coude du chemin que nous dresserons la tente, là où les herbes hautes feront un tapis de fortune. L’aire est relativement dégagée sur plusieurs mètres, tant à gauche qu’à droite. Le ciel ouvert largement. Des nuages s’y chevauchent, des sombres, des gris ou des blancs vaporeux. Et au-delà, s’ouvre parfois la douceur océane de l’espace.

À peine mise en place, tirée aux quatre coins, la tente produit aussitôt son effet d’île ancrée dans l’inconnu vivant de l’univers. Vulnérable aux bruits de la nuit. Impuissante aux moindres incidents. Mais elle tient dans ses bras notre solitaire incertitude.

Nous mettons sous sa protection tout ce qui risque d’être mouillé ou d’attirer les prédateurs. Aussitôt, les sacs à dos sont vidés, et l’intérieur se transforme en capharnaüm. Les chaussures resteront dehors sous le double toit. Les chaussettes trempées, elles aussi. Nous faisons chauffer des nouilles et nous mangeons tomates, concombres et pâté végétal. Les fermetures éclair des sacs de couchages vont et viennent sur leurs rails. Nos pieds sont mis au sec dans des chaussettes. Je tremble de froid. Je maudis l’idée d’avoir cru aux paroles du conseilleur qui m’avait indiqué ce chemin. Paroles faciles, marche naufragée.

Maintenant la pluie tombe. Le ciel sur nous déverse un surcroît de malédiction. Incontinent comme je le suis, je me lèverai à plusieurs reprises, chaque fois enlevant mes chaussettes, tirant la double fermeture éclair de l’entrée, affrontant le mal de mes articulations. Alors, debout dans la nuit, pieds nus dans les herbes humides, mais l’œil et l’oreille en alerte, je lâcherai mes eaux avant de recommencer une à deux heures plus tard.

J’ai des plongées dans un sommeil intermittent, hanté d’ours ou d’animaux à griffes et à crocs, espérant que la lumière du jour viendra au plus tôt nous remplir de sa bénédiction, après les troubles épreuves de la nuit.

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