Marcher en Arménie

20 février 2010

Partir

Filed under: Marz de Siounik — denisdonikian @ 16 h 38 mi

Au matin, nous quittons l’hôtel. Et la ville. Sissian’. Et nous marchons à pas heureux vers l’inconnu. Le dos chargé, mais l’espace au-devant qui appelle est si fort. Les gens vont à leur tâche. Et nous allons vers rien. Ils se hâtent pour accomplir un devoir. Et nous n’avons d’autres limites que notre souffle. Ils ne voient rien d’avoir déjà tout vu. Et nous savourons d’insouciance le temps qui s’offre à nous. On nous regarde, insolites, libres, presque frénétiques à l’idée d’échapper à la ville pour habiter des moments que nous savons uniques. Les arbres sous lesquels nous marchons maintenant ont des joies de danseurs immobiles. Bientôt les dernières demeures. La route monte dans les déchirements de sa robe. Un âne solitaire, triste comme un âne solitaire, semble aussi scellé à son pré qu’une statue à son socle. Et bientôt toute la ville sous nos pieds. Ville végétale dans l’été finissant. Qui prend ses aises dans toute l’immense vallée, comme une large traîne dont les plis coulent depuis le cône de son église forte de plusieurs siècles. Encore plus haut, et la voilà qui disparaît. Et devant nous maintenant la route qui sinue dans le silence, troué rarement par des voitures que les ornières rendent folles.

Crédit photos : Denis Donikian

Publicités

5 février 2010

Tatev avant l’automne

Filed under: Marz de Siounik — denisdonikian @ 2 h 38 mi
Tags:

À Tatev, l’automne s’annonce à petit pas. L’humidité s’empare des esprits. La grande exubérance de l’été ne baigne déjà plus le village. Les nuages commencent à pointer sur les hauts des collines, des nuages qui invitent à rentrer chez soi. Anahit, la voisine de Noro, qui nous apporte à manger, pilaf, salades, pain lavash, semble habillée contre les proches tristesses de l’hiver. Elle a perdu son mari il y a plus de dix ans dans un accident de voiture. Elle paraît si frêle sous les pommiers lourds d’un jardin qui ne semble plus l’enchanter. Elle a le sourire humble, presque forcé. La pluie tombera toute la nuit, frappant les toits et les feuilles à grosses gouttes menaçantes. Quelques toits fument, à moins que ce ne soit des déchirures de nuages. La nuit à Tatev est obscure tant les lumières sont d’un jaune maladif, tirant sur l’orange. Les chemins fuient vers on ne sait quel inconnu noir. Dans la journée, à peine sortis de l’école, les enfants s’amusent autour du bassin d’agrément. L’été, durant les fortes chaleurs, ils s’y baignent. Maintenant, le bassin est vide, orphelin de son eau et de ses nageurs. Les écoliers ne sont pas rongés par l’attente stérile comme leurs aînés qui, un peu plus loin, ratiocinent à longueur de jour sur les avenirs impossibles de leur existence. Dans les champs alentour les blés sont coupés, formant d’immenses taches jaunâtres au cœur du paysage. Et comme Araïk, chacun commence à penser au bois pour l’hiver.

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.