Marcher en Arménie

10 novembre 2009

Dans la réserve du roi Khosrov

Filed under: Marz de Vayots Dzor — denisdonikian @ 13 h 09 mi
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Par Viken Amtablian


La réserve de Khosrov se situe entre Garni, au nord, et la ville de Vedi au sud. Elle doit son nom au Roi arménien Khosrov qui planta la forêt au IVème siècle après J.C. le long de la rivière Azat. Une si vieille plantation n’a pas manqué de piquer ma curiosité. Je décidais de faire la traversée de cette merveille, en partant de Kakavaberd pour rejoindre le temple gréco-romain de Garni

La réserve de Khosrov est grosso modo le cercle au sud est de Erevan

Ce 31 aout, la randonnée s’annonce magnifique incluant des forteresses à explorer, des monastères à visiter, et des animaux à observer au milieu d’une nature splendide.

A l’entrée du parc, le gardien qui jouait au nardi (plus communément appelé tavlou chez nous), me dit que la forteresse de Kakavaberd est bien plus au nord. Mon atlas pour la première fois m’a complètement trompé. Très rapidement, je prends la décision de continuer sur la même route. Je me dis simplement que je marcherai chaque jour un peu plus longtemps que prévu. Et en fin de compte, ça me rend plutôt heureux.

J’arrive au bout de la piste où se trouve une maison. Des employés de l’État, travaillant dans la réserve, vivent ici. Ils m’invitent à boire le café : l’hospitalité est une règle de savoir vivre en Arménie comme partout en Orient. Ils sont curieux de connaître mes projets en voyant mon sac à dos et mon appareil photo. Je leur explique brièvement que j’aime marcher en montagne, me sentir comme perdu au milieu de vastes étendues. Je leur explique aussi que je prospecte des circuits pour guider des touristes français en Arménie.

En apprenant mes desseins, Karen, un des employés travaillant avec sa belle sœur dans cette maison, avoue que cette randonnée sera dangereuse sans fusil dans cette partie de la réserve. Des ours sont présents, ainsi que des loups. Ce n’est pas la première fois qu’on essaie de m’intimider, voire de m’empêcher d’accomplir mon projet. Mais cette fois ci, devant l’insistance de mes hôtes, je me suis laissé convaincre.

Finalement, il a été décidé que Karen m’emmènera voir les restes d’une mosquée turque appelée Zimi. Je passerai la nuit chez eux et le lendemain nous partirons pour Mankouk, un village arménien abandonné.

Je pars donc escorté de Karen sur son cheval, armé de son fusil, et assisté de ses trois chiens. Malgré une impression d’immensité, les distances se parcourent rapidement. La montagne est belle. Elle est parsemée de collines menant à des sommets de 2 500m d’altitude. Ses versants sont jaunes d’herbes brûlées par le soleil, et de bosquets d’arbustes verts longeant les rivières. Les sommets sont souvent surmontés de falaises sur les hauteurs desquelles il y aurait eu des châteaux forts, aujourd’hui disparus. La mosquée n’est pas très jolie, mais elle témoigne, comme les ruines du village, d’une vie passée.

Sur le chemin du retour, on passe près d’un de ces pitons rocheux sur lequel était perchée une forteresse. Quelques khatchkars en témoignent, ainsi qu’une pierre taillée par l’homme, qui aurait été le bassin dans lequel étaient plongés les nouveaux nés, lors de la cérémonie du baptême. On passe aussi près d’un arbre à «toutes» (murier) dont les ours sont si friands. On essaie d’en cueillir pour s’en régaler, mais elles se transforment en coulis rouge-sang à la moindre pression de nos doigts. On doit se résoudre à manger à la manière des ours, directement sur l’arbre en les happant avec les dents. Après notre razzia, un bébé aurait été plus propre.

La nuit est réparatrice, malgré la présence d’ours et de quelques bruits sourds, que je prends pour leurs grognements. Après un copieux déjeuner, Karen m’emmène à Mankouk. Les ruines du village sont perchées en haut d’un rocher d’une quarantaine de mètres d’où les Turcs auraient jeté les enfants. Cet événement, dont la date reste imprécise, donne son origine au nom du village (mankoutyoun signifie enfance).

Notre balade s’annonce excellente. Chemin faisant, je réalise que j’ai pris la bonne décision en ne m’engageant pas dans mon périple initial. Des excréments frais d’ours, que je retrouve régulièrement sur le chemin, m’en convainquent. Les paysages sont toujours aussi beaux. Avec le jaune fauve des herbes sèches et du sable, le rouge des rochers ferreux, la verdure des arbres, et les couleurs blanche et brune des roches, beaucoup disent que cela ressemble à la Mongolie. Au bas du rocher, sur le versant d’en face, nous apercevons des perdrix. Une idée de repas germe instantanément dans nos deux esprits. Doucement, nous nous approchons. Arrivé à une vingtaine de mètres, Karen me propose de tirer. Avec joie, j’épaule le fusil, je vise et tire. Une perdrix a été abattue. Un peu plus loin, un autre groupe de perdrix est repéré. Cette fois ci, c’est lui qui chasse. Il en abat deux mais une seule est retrouvée, malgré les chiens. En arrivant au village, on découvre un site totalement abandonné. Seuls les murs des maisons sont à moitié debout. Sur le haut de la colline, surplombant les anciennes habitations, des khatchkars témoignent de la présence de l’ancien cimetière. Nous déjeunons dans la tanière d’un ours, puis nous repartons car la pluie menace. Nous n’aurons pas le temps d’aller voir le monastère Spitak Vank un peu plus loin. Enfin, nous arrivons à la maison, sous un déluge, après une dizaine d’heures de marche.

Sur la route de Mankouk

Le rocher du village de Mankouk

Un khachkar du cimetière de Mankouk

Il ne reste plus qu’à attendre que les perdrix soit préparées et cuites pour récompenser nos efforts. Une heure plus tard, c’est prêt. Ce n’est pas de la grande cuisine, juste du riz et deux perdrix….quand même! La viande n’est pas très tendre, il faut faire jouer la mâchoire. Heureusement, elle est savoureuse, fine, exquise.

Il est temps de rentrer à Erevan. Le lendemain, je dois guider un client au nord de la réserve, de Garni jusqu’à Havuts Tar Vank. Je pars un peu triste car beaucoup d’autres randonnées sont possibles de ce côté. Je reviendrai l’année prochaine. Armé d’un fusil?  Peut-être. Pas sûr.

Site de Viken Amtablian

2 commentaires »

  1. magnifique periple, combien j’aurais aimé marcher en Arménie profonde mais, malheureusement mon age ( pas trop avancé tout de même !! ) m’interdit ce genre de balade, alors je me contente de parcourir Erévan et ses environs a pied évidemment car c’est uniquement comme cela que l’on peut connaitre une ville ou un pays.
    Bravo de faire profiter les autres de votre expérience. Continuez.
    Armen

    Commentaire par Tachdjean Armen — 11 novembre 2009 @ 9 h 32 mi | Réponse

  2. Des images saisissantes (c’est beau et émouvant un khachkar)et un récit bien mené, vivant à souhait. Un périple riche en émotions de toutes sortes. Merci de nous avoir permis de voyager avec toi.
    et je te souhaite d’autres belles rencontres.

    Commentaire par famille Makké — 22 février 2010 @ 13 h 48 mi | Réponse


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