Marcher en Arménie

5 novembre 2009

Araïk sort des bois

Filed under: Marz de Siounik — denisdonikian @ 3 h 50 mi
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Est venu sur notre chemin, alors que nous peinions sur le dernier kilomètre en vue de Tatev, un lutin au cheveu blanchissant, chaussé de baskets et portant une hache. Nous avons parlé dans les avancées du soir, les ombres se déposant sur le vert des montagnes ou creusant leurs plis.  Où dormir ? était la question. Le monastère offre au « pèlerin » un arpent d’herbe aux abords de ses murs. Mais on peut aussi coucher chez Noro qui a de quoi nous loger pour une modeste somme. Va pour Noro. Araïk, l’homme à la hache, téléphone aussitôt. La chose est entendue, Noro viendra à notre rencontre. Mais plus nous approchons du village par le chemin vague qui y conduit, plus la fatigue nous paraît l’éloigner à nos dépens. Il faut planter la chaussure sur un sol nu toujours plus capricieux, entaillé par des cicatrices ou gagné par les herbes sauvages. Je lui demande ce qu’il fait avec sa hache. Il coupe du bois pour son hiver et fera venir un véhicule pour le ramener chez lui. Mais avec quoi paiera-t-il le chauffeur ? Avec du poisson qu’il pêche dans le Vorotan’. L’hiver est rude et gare à qui ne se serait pas préparé à le recevoir. C’est que le gaz venant d’Iran évite pour l’instant Tatev. Et pendant ce temps, les gens du village déboisent à tout va. Les autorités s’énervent devant un tel carnage. Mais les villageois n’ont pas d’autre choix que celui d’affronter l’hiver aux dépens de leurs arbres. Je demande à Araïk comment il se débrouille avec sa hache. Il la préfère à la scie qui exige deux personnes. Et quand je le quitterai, je lui serrerai la main, une main grosse et dure, comme disproportionnée par rapport à son corps, léger et presque sautillant. Nous sommes maintenant dans le village. Nous croisons deux hommes qui semblent attendre une voiture. Ils sont costumés comme s’ils se rendaient à une cérémonie. Sérieux et lourds. Araïk les salue d’un geste humble. L’un est le maire du village, dit-il. Celui-là même dont il m’aura dit qu’il ne bouge pas d’un poil pour améliorer la condition des gens. Et en effet, juste avant, j’avais été comme horrifié par les ornières profondes de la route où reposait une eau dormante en toute impunité.

Septembre 2009

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