Marcher en Arménie

29 octobre 2009

De Ltsen à Tatev

Filed under: Marz de Siounik — denisdonikian @ 18 h 21 mi

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On nous a dit qu’il y aurait une croix et qu’il nous suffirait alors de prendre  à droite pour être dans la bonne direction. D’autres nous ont affirmé que nous en aurions pour trois ou quatre heures jusqu’à Tatev. Puis on nous a abandonnés à notre lubie, les plus âgés nous recommandant de marcher sans précipitation pour ménager notre souffle. Très vite, nous nous sommes aperçus que nous n’avions guère le choix du rythme tant le chemin était grimpant, n’offrant, ici ou là, que quelques mètres plus dociles, permettant de reposer les jambes. Les miennes ignoraient que commençait pour elles le calvaire d’une montée interminable, de celles qui vous allèchent de leur crête comme pour nourrir votre espoir de soulagement jusqu’au moment où elles vous révèlent qu’elles n’étaient qu’une des marches de votre pérégrination. Plus haut, bien plus haut, le sentier marque sa trace dans l’ocre de la terre, parmi des végétations qui s’épanouissent librement. Et derrière, d’autres collines vous élèvent la vue au niveau des sommets glabres de toute la région. Mon calvaire est mon poids. Mais aussi la maladie dont la guérison a emporté avec elle mes facultés d’oxygénation. Le pesant du sac à dos ne m’écrase pas. Mais mes jambes répugnent à me porter plus haut. Je marche à la volonté jusqu’au moment où mon corps me commande de faire une halte. Puis je reprends pas à pas la conquête du sol vers l’inconnu et les beautés qu’il promet. Ce sont ces lieux du monde qui paraissent intouchés, si purs que les animaux y prospèrent à l’abri des hommes. Même si le chemin est fréquenté par de rares chasseurs et promeneurs, on sait que de tous côtés les bêtes vivent leur vie sans être dérangées. J’avise un mamelon presque parfait où la lumière vient iriser la dense viridité des arbres. Il recèle tant d’énigmes que je le fixe non sans effroi. Il appelle d’y pénétrer en même temps qu’il se montre redoutable, comme ces forêts hantées de vies monstrueuses dont se nourrit l’imagination. Ses verts contrastent si vivement avec la pâleur sèche de notre chemin qu’il semble revêtu d’une étrange personnalité. Il a l’apparence d’un monument naturel, comme un tumulus à la gloire de l’ours. Bientôt, couché dans l’herbe rase, parmi les bouquets de chardons, je laisse mon œil lisser la cime des lointaines collines sur lesquelles les nuages forment des taches mauves et mouvantes. Tout à la joie d’être là, enfin là, sur ces terres, à cette hauteur, dans une contrée superbe de solitude et de silence… Parfois, à la faveur d’une échancrure, on aperçoit Chamb, son lac artificiel et ces falaises blanches qui sont comme de la chair tranchée à vif. Le moment où on perdra définitivement de vue ces repères, cachés derrière d’autres élévations, annoncera notre descente vers Tatev et notre seconde partie du parcours, non moins redoutable que la première, tant il faudra ménager nos genoux et éviter de glisser sur les pierres. Mais on cède à la tentation de se laisser aller, tant le tropisme est fort vers la vue espérée du village, là-bas au fond du chemin, après la traversée des multiples passages de sources, des grandes herbes, avant les terres ravinées par l’écoulement des pluies.

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Pratique : Quitter le village de Ltsen par le haut après avoir demandé au villageois l’amorce du chemin. De fait, le repère à partir duquel il faut prendre la voie de droite est un mini-khatchkar (pierre rectangulaire avec croix gravée). Le nom de Khatchadour est inscrit en arménien, en arc de cercle au-dessus de la croix. On en aura rencontré deux autres de même dimension avant celui-ci, plantés sur le bord du chemin. Sur le plateau où le berger fait paître ses moutons, la voie semble se perdre dans les herbes, mais elle reste bien visible. Jusqu’à ce point, la montée est rude, par moment fort accentuée. Mais la descente jusqu’à Tatev est nettement plus douce. De sorte que l’on pourrait conseiller de faire le chemin inverse, soit de Tatev à Ltsen. De Ltsen, il est conseillé de partir tôt, vers 9 heures, pour les marcheurs lents. La durée dépend du rythme de chacun. Mais en comptant large, on aura tout loisir de se reposer et d’admirer le panorama.

Septembre 2009

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Photographies de Denis Donikian ( copyright)

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