Marcher en Arménie

27 septembre 2009

Soyeuses voitures sur routes déchirées

Filed under: Généralités — denisdonikian @ 2 h 47 mi

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Rue à Sissian

On me lira comme obsédé par les routes arméniennes. Il est vrai qu’elles me font délirer. Les mauvais poètes locaux écrivent sur leurs campagnes ou leurs montagnes, mais jamais sur ces routes problématiques qui pourraient faire dérailler l’imagination vers une lecture tragique de l’existence. C’est que, depuis que je les pratique, je les regarde comme l’ennemi moins du tissu économique que des hommes mêmes. Elles empêchent. Elles chahutent le regard. Le râpent. Elles énervent le corps tant elles le remuent. L’homme, à les fréquenter, devient un animal louvoyant et sautillant. Comparer mes observations faites au cours de mes premières années dans ce pays à celles d’aujourd’hui me conduit à penser que s’éternisent les mêmes monstruosités. Que le mal est consubstantiel au pays. Je pense aux rues crevassées de Gyumri, au revêtement chaotique de celles de Nor Malatia. Toujours la même rengaine irritante et terrible des trous, des ornières et des imperfections du bitume. Or, depuis l’indépendance, les voitures aspirent au grand luxe tandis que les rues sont demeurées aussi rogues qu’elles étaient dans le passé. Tout conducteur est constamment la proie d’une contrariante contradiction entre le soyeux de sa machine et le déchiré des rues ou des routes qu’il emprunte. Et ce n’est pas quelques avenues asphaltées de la capitale qui changeront quoi que ce soit à cet oxymore permanent de la circulation. C’est à se demander à quoi servent les différentes taxes qui pèsent sur les propriétaires de voiture. Il est vrai qu’une guimbarde déglinguée s’accommodera d’une route aussi abimée qu’elle. Comme si en s’épousant les maux identiques se reconnaissaient dans une sorte de fraternelle vieillerie. Mais que peut une voiture détraquée par l’âge sur une route lisse comme une peau de bébé ? Et sur une route défoncée un véhicule dernier cri ? Pour l’heure, les voies arméniennes restent un casse-tête persistant. Elles dégoûtent tout désir de déplacement à l’idée que votre corps sera à coup sûr baratté par les hauts et les bas du parcours. Mais que faire ? Heureux ceux qui se plient sans rechigner au diktat de la dégradation. Ils sont aptes à vivre au pays.

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Autre rue de Sissian

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Photographies de Denis Donikian ( copyright)

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Le site MARCHER en ARMENIE a pour but de faire partager des expériences de randonnées dans les provinces arméniennes, de donner des informations pratiques, de créer des liens vivants entre la diaspora et les villageois, mais aussi de promouvoir un tourisme d’entraide et de découverte. Ce site appartient à tous ceux qui souhaitent joindre l’utile à l’agréable, la rencontre et la promenade, la culture et la nature. Nous invitions ceux qui ont écrit sur leur voyage à pied en Arménie à nous soumettre leur texte et leurs photos.

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Un commentaire »

  1. […] SOYEUSES ROUTES DECHIREES Commentaires (1) […]

    Ping par Soyeuses voitures sur routes déchirées « Ecrittératures — 29 octobre 2009 @ 9 h 27 mi | Réponse


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