Marcher en Arménie

29 septembre 2009

Tatev à l’ombre de Tatev

Filed under: Marz de Siounik — denisdonikian @ 14 h 49 mi
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Il y a Tatev et Tatev. Tatev le monastère et Tatev le village. Ne les sépare qu’une méchante côte d’une cinquantaine de mètres, rongée par le ruissellement des eaux. Un abîme. Depuis que sa renommée s’est répandue jusque chez les Japonais et peut-être même les Papous, le monastère fait de l’ombre au village. Et en effet, le village de Tatev n’est que l’ombre de l’éclatant complexe monastique. Il n’intéresse personne, à telle enseigne que les habitants de Tatev donnent l’impression d’être les plus délaissés des hommes. Les pierres mortes des monuments extasient le touriste, mais anesthésient son sens du vivant. Sur le terrain adjacent au monastère se dressent quelques tentes d’un organisme de voyage réputé pour avoir promu les rencontres entre les hommes. Le guide local servira aux clients le nécessaire culturel sur l’histoire de ce haut lieu de la foi et de l’esprit. Mais la visite à peine terminée, puis les tentes rangées dans le minibus, les photographeurs seront embarqués pour un autre tronçon du périple. Si elle avait su franchir la frontière, leur curiosité les aurait menés à travers les rues déglinguées du village vers ses jardins exubérants, ses hommes en attente d’autres hommes, ses âmes inscrites au cœur d’un site naturel sans pareil, mais harcelés par la déliquescence économique et l’impéritie générale.

Post-scriptum : On me dit que le monastère étant propriétaire de nombreux terrains dans ses environs, l’Église voudrait en profiter pour construire des hôtels à touristes. On espère bien que les villageois en bénéficieront de près ou de loin. Mais rien n’est sûr. On voit mal ces gens habitués à la terre se plier aux exigences modernes de la consommation. On dit aussi que les Suisses devraient construire un téléphérique donnant directement accès au monastère pour éviter aux visiteurs les lacets de la route. (Mais également que les maffieux du coin ont déjà ouvert des comptes…  en Suisse). Une route tourmentée et cahoteuse que les autorités promettent d’année en année de réparer. Autant de projets qui risquent d’assassiner l’âme du village et de brouiller son environnement naturel si l’avidité et le superflu prennent le pas sur le nécessaire.

Septembre 2009

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Photographies de Denis Donikian ( copyright)

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Le site MARCHER en ARMENIE a pour but de faire partager des expériences de randonnées dans les provinces arméniennes, de donner des informations pratiques, de créer des liens vivants entre la diaspora et les villageois, mais aussi de promouvoir un tourisme d’entraide et de découverte. Ce site appartient à tous ceux qui souhaitent joindre l’utile à l’agréable, la rencontre et la promenade, la culture et la nature. Nous invitions ceux qui ont écrit sur leur voyage à pied en Arménie à nous soumettre leur texte et leurs photos.

27 septembre 2009

Soyeuses voitures sur routes déchirées

Filed under: Généralités — denisdonikian @ 2 h 47 mi

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Rue à Sissian

On me lira comme obsédé par les routes arméniennes. Il est vrai qu’elles me font délirer. Les mauvais poètes locaux écrivent sur leurs campagnes ou leurs montagnes, mais jamais sur ces routes problématiques qui pourraient faire dérailler l’imagination vers une lecture tragique de l’existence. C’est que, depuis que je les pratique, je les regarde comme l’ennemi moins du tissu économique que des hommes mêmes. Elles empêchent. Elles chahutent le regard. Le râpent. Elles énervent le corps tant elles le remuent. L’homme, à les fréquenter, devient un animal louvoyant et sautillant. Comparer mes observations faites au cours de mes premières années dans ce pays à celles d’aujourd’hui me conduit à penser que s’éternisent les mêmes monstruosités. Que le mal est consubstantiel au pays. Je pense aux rues crevassées de Gyumri, au revêtement chaotique de celles de Nor Malatia. Toujours la même rengaine irritante et terrible des trous, des ornières et des imperfections du bitume. Or, depuis l’indépendance, les voitures aspirent au grand luxe tandis que les rues sont demeurées aussi rogues qu’elles étaient dans le passé. Tout conducteur est constamment la proie d’une contrariante contradiction entre le soyeux de sa machine et le déchiré des rues ou des routes qu’il emprunte. Et ce n’est pas quelques avenues asphaltées de la capitale qui changeront quoi que ce soit à cet oxymore permanent de la circulation. C’est à se demander à quoi servent les différentes taxes qui pèsent sur les propriétaires de voiture. Il est vrai qu’une guimbarde déglinguée s’accommodera d’une route aussi abimée qu’elle. Comme si en s’épousant les maux identiques se reconnaissaient dans une sorte de fraternelle vieillerie. Mais que peut une voiture détraquée par l’âge sur une route lisse comme une peau de bébé ? Et sur une route défoncée un véhicule dernier cri ? Pour l’heure, les voies arméniennes restent un casse-tête persistant. Elles dégoûtent tout désir de déplacement à l’idée que votre corps sera à coup sûr baratté par les hauts et les bas du parcours. Mais que faire ? Heureux ceux qui se plient sans rechigner au diktat de la dégradation. Ils sont aptes à vivre au pays.

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Autre rue de Sissian

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Photographies de Denis Donikian ( copyright)

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